Où en est-on pour le droit au travail des jeunes à La Réunion ?

Les mouvements sociaux de ce début d’année 2013, le chômage des moins de 25 ans (60 %), les mouvements de jeunes RSKP, UJ2R, AJFER…, les initiatives et priorités annoncées par la région, le département, l’Etat, les priorités affichées en faveur de la jeunesse en particulier du travail des jeunes à la Réunion, la mission confiée à M. Lebreton, député de La Réunion, les prises de positions des acteurs économiques, la demande d’une « Conférence régionale pour l’emploi des jeunes », notamment formulée par la Ligue des droits de l’Homme, l’annonce par le préfet, le 14 juillet dernier, de prochaines « Assises de la jeunesse avant la fin de cette année »… Tout cela souligne la légitimité, l’actualité et l’urgence des interrogations posées par la situation, et que la section de la Ligue des droits de l’Homme entend soumettre à l’attention du public, des institutions et des jeunes.



Les jeunes, une priorité absolue

Nous, militants de la Ligue des droits de l’Homme, appelons l’ensemble de nos concitoyens à La Réunion à prendre, dans le contexte actuel, la mesure exacte de notre responsabilité locale pour faire vivre la République et ses valeurs. C’est pourquoi, au vu de notre situation locale, nous demandons qu’une priorité absolue soit réellement accordée dans notre île à la formation et à l’emploi des jeunes.

- Pour faire vivre les droits, en particulier le droit à l’expression, le droit à l’éducation, le droit au travail, quelles responsabilités pour les jeunes réunionnais ?

- Quelles sont les attentes des jeunes ? Quelles réponses spécifiques nouvelles peuvent être apportées localement au chômage massif des moins de 25 ans ?

- Quels quartiers « risquent d’exploser », selon le titre d’un quotidien ce 15 octobre 2013 ?

- Comment préparer concrètement ensemble des propositions communes en vue des Assises de la jeunesse annoncées pour cette fin d’année 2013 ?

La question de savoir comment, dans ces domaines, donner plus d’équité et d’efficacité à l’action publique au plan local, ne peut être évitée ou repoussée. Nous demandons à nos concitoyens et à nos responsables d’agir en vue de remettre en cause, sans complaisance ni tabou, nos actions en matière de formation et notre politique de l’emploi. Et de ne pas craindre pour cela de réexaminer notre modèle de développement et certaines des règles de gouvernance de notre territoire insulaire.

Citoyenneté de résidence

Nous considérons que ce débat doit s’appuyer sur la notion de « citoyenneté de résidence », fondant notre communauté de destin, en évitant toute « ethnicisation ». La question n’est pas de savoir qui est réunionnais et qui ne l’est pas.

La République, en effet, n’existe que dans le respect de l’égalité et de l’universalité des droits. Toute discrimination des êtres humains en fonction de l’origine, des choix de vie, ou des opinions, la défigure. Aucun particularisme n’autorise à déroger à cette exigence. Pour autant, confondre égalité et uniformité, brandir l’universalité pour refuser la diversité, c’est combattre ce que l’on prétend défendre, c’est refuser l’égale liberté d’être soi-même qui fonde toute citoyenneté vivante.

C’est cette notion de « citoyenneté de résidence » qui inspire notre combat, depuis plus de trente ans, pour le droit de vote et d’éligibilité pour tous les étrangers aux élections locales, prenant notamment en compte la réalité des migrations et des transformations du monde (on peut être « citoyen » sans être « national » de l’État sur le territoire duquel on réside).

A La Réunion, certains droits ont été ou sont conditionnés dans leur exercice par la prise en compte du lien entre résidence et citoyenneté (droits sociaux longtemps inégaux, régimes fiscaux différents, rémunération de la fonction publique, spécificités diverses liées à notre situation ou à notre histoire). Mais cette prise en compte mérite d’être davantage assumée et organisée. La LDH affirme la nécessité de penser l’égalité autrement que dans l’uniformité.

Pour une conférence régionale pour l’emploi…

Aujourd’hui, alors que le chômage massif de nos jeunes concitoyens constitue la rupture la plus grave de la promesse républicaine, et que l’on ne peut attendre, tout attendre, des efforts de l’Etat et de l’Europe, la mobilisation de notre responsabilité et de notre solidarité locales est indispensable.

C’est pourquoi, dans un esprit républicain, nous invitons tous les partenaires concernés à formuler de nouvelles propositions concrètes pour sortir de l’impasse et à se prononcer pour la tenue, avant la fin de cette année, d’une conférence régionale pour l’emploi. Afin de faire de la formation et de l’emploi des jeunes, une priorité réelle dans notre île. Et de mieux faire vivre notre citoyenneté locale et notre République. L’emploi de nos jeunes concitoyens est devenu à La Réunion une question structurelle et centrale. 60 % des moins de 25 ans en âge de travailler et qui ne suivent pas une formation, n’accèdent pas à l’emploi. Parmi ceux-ci, 27 % des bacheliers et 15 % des diplômés du supérieur.

Cette situation, dans un petit territoire insulaire, est évidemment insupportable. Elle constitue, pour une majorité de jeunes réunionnais, un déni de leur droit fondamental au travail et à la dignité. Elle ruine la promesse républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité. Elle disloque le lien social. Elle induit inéluctablement des conséquences insupportables pour la société toute entière et l’avenir de notre île. Des émeutes urbaines récurrentes depuis plusieurs années marquent cette situation.

… Sur la base d’un pacte local

Répondre concrètement à la question de l’emploi des jeunes est donc devenu, en termes de droits à La Réunion, un impératif qui supplante toute autre priorité. C’est pourquoi, la section LDH de La Réunion a fait du combat pour les droits de nos jeunes concitoyens sa priorité. Elle s’efforce à ce titre de faire naître un partenariat convergent entre toutes les parties concernées, notamment avec les mouvements de jeunes, pour construire une sorte de « Pacte local pour les droit au travail des jeunes ».

Une telle démarche ne peut raisonnablement aboutir que si l’on parvient localement, sur la base d’une responsabilité régionale assumée, à un certain degré de consensus sur les changements nécessaires, au niveau du territoire, en matière de politiques de formation et d’emploi – et sur des mesures exceptionnelles, dérogatoires et spécifiques de nature à répondre à l’ampleur du défi.

Dans cet esprit, la section s’est également engagée avec d’autres dans la définition de propositions concrètes, en invitant partenaires et responsables locaux et nationaux « à ne pas craindre […] de remettre en cause, autant que nécessaire, sans complaisance ni tabou, nos politiques de formation et d’emploi aussi bien que notre modèle de développement et certaines des règles de gouvernance de notre territoire insulaire ».

Des propositions à débattre publiquement

En avril 2004, au vu de constats largement partagés et d’une prise de conscience locale de plus en plus aiguë de l’urgence, la Ligue des droits de l’Homme à La Réunion estimait de sa responsabilité de soumettre au débat, sans exclure d’autres contributions, les propositions suivantes :

1. Faire de l’emploi des jeunes, pour tous les acteurs publics et privés, la première priorité à La Réunion, dans un esprit de responsabilité partagée pour l’avenir de notre île et de ses habitants.

2. Tenir, avant la fin de cette année, une conférence régionale pour l’emploi des jeunes, réunissant tous les acteurs concernés, à commencer par les mouvements de jeunes, afin d’évaluer les mesures existantes, arrêter de nouvelles mesures et modes opératoires, et mettre en place un comité spécial de pilotage pour leur mise en œuvre et leur suivi.

3. Subventionner l’emploi et la production locale de biens et de services dans notre île, et pour cela :

- activer toutes les dépenses liées à notre situation de chômage massif ;

- supprimer à l’avenir l’abattement local de 30 % sur l’impôt sur les revenus, les indexations sur rémunération pour les nouveaux entrants ;

- ainsi que les gaspillages qui pèsent sur les budgets de l’Etat et des collectivités, afin d’affecter, pendant la période de transition démographique, le montant correspondant à ces dépenses publiques au soutien direct de la formation et de l’embauche des jeunes, et de l’emploi dans les filières locales d’activité, marchandes et non marchandes, identifiées comme prioritaires.

4. Rendre obligatoire dans toutes les commandes et marchés publics, à partir d’un certain seuil, une clause sociale visant à l’embauche locale et à la formation de jeunes de moins de 25 ans.

5. Instituer pour toute embauche locale de cadre débutant, une subvention spécifique correspondant à 80 % du montant du salaire.

6. Régionaliser les politiques de l’emploi, en adaptant autant que nécessaire la législation, y compris en examinant une possible réforme la Constitution, pour permettre, avec le concours de l’Etat, la mise en œuvre d’actions publiques spécifiques, soutenant directement l’emploi local et d’abord celui des jeunes.

C’est de ces propositions que la section voudrait discuter avec les responsables politiques et tous les partenaires concernés, en les invitant, dans un esprit républicain, à sortir de l’impasse. C’est dans cet espace public de débats et d’actions que la conférence régionale pour l’emploi que la section de la LDH de La Réunion appelle de ses vœux prendrait tout son sens.

Article source: http://www.ldh-france.org/Ou-en-est-on-pour-le-droit-au.html

Communiqués de la LDH

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