Quand l’Etat concède la situation alarmante des femmes en outre-mer

Il est difficile de bien connaitre la situation des femmes en outre-mer (OM) car les enquêtes nationales n’y sont pas systématiquement étendues, comme c’est le cas, par exemple, pour le projet d’enquête de l’Institut national d’études démographiques (Ined) sur « les violences et rapport de genre » (Virage)(1), ce qui a fait l’objet de réclamation de la part des parlementaires de la Réunion(2). Il n’y a donc que des études partielles mais qui, toutes, montrent que la situation des femmes y est bien plus grave qu’en métropole.



Les plus récentes études comme celles de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONRDP) montrent que les départements d’outre-mers ont le triste privilège de se signaler par le plus fort taux de criminalité et de violences. Il en est ainsi particulièrement pour les homicides et les violences à caractère sexuel. La Réunion et la Guyane se disputent, si l’on peut dire, le palmarès d’une année sur l’autre, d’après les chiffres publiés par l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ)/ONDRP dans les rapports annuels sur la criminalité par département 2012 et 2011(3).

Ainsi, si le taux moyen en France de victimes de violences à caractère sexuel est de 0,4 %, il était de 0,6 % en 2010 à La Réunion et de 0,7 % en Guyane en 2011, soit, à chaque fois, le taux le plus élevé des départements français. Il faut rajouter que la Guyane a aussi le taux le plus élevé d’atteintes à l’intégrité physique dans le cadre des violences physiques non crapuleuses, dont coups et blessures volontaires dont relèvent les violences intra-familiales, et que ces violences sont en augmentation constante .

Ce type de violences est supérieur à la moyenne nationale dans l’ensemble des départements d’outre-mers seuls étudiés.

Le ministère des Droits des femmes publie aussi des chiffres en ce sens : « En matière de violences faites aux femmes, les Dom se distinguent plus particulièrement en ce qui concerne les violences sexuelles avec un taux élevé de viols, harcèlements et autres atteintes sexuelles. En 2011 plus de deux-cents affaires ont été traitées en Martinique et deux-cent-quarante en Guadeloupe. »(4)

Il faut se reporter à l’enquête de l’Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff) de 2000 et au livre publié sous la direction de Natacha Chetcuti à partir de cette enquête, Violences faites aux femmes : deux pas en avant, trois pas en arrière, édité par l’Harmattan, en 2007, pour avoir une idée de la situation dans les autres territoires ultramarins.

Un chapitre est consacré à l’outre-mer « Violences envers les femmes en métropole et outre-mer », de Christine Hamelin et Christine Salomon(5). Il s’attache exclusivement aux femmes de La Réunion, de Polynésie et Nouvelle-Calédonie car les moyens de l’enquête Enveff n’ont pas été trouvés pour les autres territoires : seule La Réunion les a trouvés localement, ainsi que la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie qui, du fait de leur statut en partie autonome, ont su aussi s’en donner les moyens.

Si ces enquêtes montrent des similitudes nombreuses entre la métropole et les Outre-mers sur les violences dont les femmes sont victimes, elles montrent, elles aussi, qu’il y a dix ans, les chiffres indiquant une situation « très grave » sont bien plus élevés en outre-mer, avec une progression entre la Réunion Polynésie Nouvelle-Calédonie : dans le panel de femmes enquêtées tous les chiffres le montrent, pour tout type d’agressions.

« En métropole, 6,7 % des femmes en couple au moment de l’enquête sont en situation de violence conjugale « grave » et 2,3 % en situation « très grave », pour respectivement 10,7 % et 3,9 % à La Réunion ; en Polynésie, le niveau « grave » regroupe 15 % des femmes et le niveau « très grave » 16 %.  » (p. 4 chap. cité).

Tableau 1 : Proportion de femmes victimes de violences conjugales dans les lettres derniers mois, selon le territoire et le type de violence conjugale

Les causes identifiées sont les mêmes qu’en métropole (en schématisant : chômage/alcoolisme), et il faut noter que les taux de chômage sont bien plus grands en outre-mer qu’en métropole. Mais les auteurs rajoutent l’insularité et le mode de vie : beaucoup de jeunes adultes vivent dans la famille ou belle-famille. Porter plainte ou parler est plus rare à cause de la proximité, et recourir à la justice est difficile par manque de connaissances et pénurie de structures d’aide . Les auteurs notent cependant une différence : à La Réunion, être une femme diplômée permet d’échapper à cette violence alors que ça ne joue pas en métropole. Citons l’analyse faite par Dominique Membrano dans la Revue travail genre et sociétés(6) : « C’est tout l’intérêt des contributions sur les territoires d’outre-mer (Réunion, Polynésie française et Nouvelle-Calédonie) où la parenté étant au centre de la vie sociale, c’est dans la sphère familiale et conjugale que s’exerce le plus de violences – Christine Hamelin et Christine Salomon. […] Les auteures soulignent à chaque fois les spécificités géographiques, économiques et politiques, le poids des traditions et de l’ancien statut colonial, sur l’inertie sociale et les difficultés pour les femmes à transformer leur situation. L’absence de recours et de lieux d’écoute rend les transformations difficiles. Pourtant, les chercheures notent que les jeunes générations sont déjà plus prêtes à dénoncer les violences et les jalousies excessives des conjoints. »

Les outre-mers présentent cependant de nombreuses différences tant dans leurs compositions sociales, que dans les types de réponses apportées ou envisageables. Nous présentons dans cette lettre n° 2 de la Ligue des droits de l’Homme une présentation des acteurs de terrain que sont les sections de la LDH, aux côtés de leurs partenaires, sur la situation des femmes en Nouvelle-Calédonie, à La Réunion, aux Antilles et en Guyane.

Nous regrettons l’absence de ces acteurs à Mayotte, où la situation des femmes, étrangères en particulier, est la pire du territoire français, et renvoyons aux analyses des associations nationales comme par exemple celle de la Fasti, publiée le 2 mars 2014(7), et au site du collectif Migrants outre-mers (Mom)(8). Le caractère familial de l’immigration comorienne, les dérogations aux droits des étrangers mis en place par le législateur à Mayotte, les reconduites massives, notamment de mères de famille qui laissent leurs enfants à Mayotte, l’absence de Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) et d’Allocation temporaire d’attente (ATA) pour les demandeurs d’asile, aboutissent à des situations dramatiques pour les femmes et les mineures d’origine étrangères.

(1) www.ined.fr/fichier/t_telech…
_ (2) questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-14383QE.htm

(3) www.inhesj.fr/ondrp/les-publ…

(4) Comité interministériel des droits des femmes et à l’égalité professionnelle feuille de route : femmes.gouv.fr/wp-content/uploads/2014/01/DDF-Feuille-de-route-2014-MOM.pdf

(5) www.univ-paris1.fr/…/Les_d….

(6) www.cairn.info/revue-travail…

(7) www.migrantsoutremer.org/Fas…

(8) www.migrantsoutremer.org/-Ma…

Article source: http://www.ldh-france.org/Quand-l-Etat-concede-la-situation.html

Communiqués de la LDH

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