Le Wapikoni mobile en Guyane ?

Fin juin 2013, je suis parti pour trois semaines au Québec. J’ai profité de ce séjour pour rencontrer les responsables du Wapikoni mobile. J’ai donc pris rendez-vous avec Manon Barbeau(1) qui me présente les réalisations récentes. Ensuite elle m’invite à venir avec elle et Jean-François Dumas(2) rejoindre l’équipe du Wapikoni mobile au Lac Simon et à Kitcisakik, en Abitibi, au nord-ouest du Québec.



Notre voyage de 500 km à travers la forêt des Laurentides, puis de la région des lacs se passe sans souci. Nous arrivons en fin d’après-midi au Lac Simon où le nouveau mobile du Wapikoni est installé au milieu du village.

Les intervenants cinéastes sont en pleine finition des montages des films des participants. Il s’agit de valider les dernières corrections avant d’effectuer les sorties des différents films et de préparer les DVD.
Une première projection a lieu le lendemain sur Lac Simon, et le jour suivant une autre a lieu à Kitcisakik.

Les deux communautés Atikamekw reçoivent bien les films projetés. Il s’agit d’un montage de films de l’année passée et de films du cru.
L’intérêt par les premières nations pour cette initiative est toujours bien présente et on ressent ce besoin d’une expression libre utile à la cohésion du groupe. Les films qui remportent un vif succès sont certainement les plus personnels rattachés au quotidien et à l’intimité de la collectivité. Cela n’empêche d’ailleurs pas à certaines œuvres de fiction d’exister et d’élargir ainsi les horizons du possible. L’expérience du Wapikoni mobile est sans cesse renouvelée, c’est aussi cela qui la rend passionnante.

Le Wapikoni mobile est un studio ambulant de création audiovisuelle. Il circule depuis 2004 dans vingt-cinq communautés des premières nations du Québec. La cinéaste Manon Barbeau est à l’origine de sa création et anime avec beaucoup de volonté cette initiative très originale.
Aujourd’hui, plus de six cents films de court-métrage et quatre cent cinquante créations musicales ont vu le jour. Ce sont les jeunes des communautés qui peuvent, grâce à l’aide de jeunes cinéastes, accéder aux connaissances par la pratique et ainsi s’exprimer par des œuvres audiovisuelles et sonores. La diffusion sur les plans nationaux et internationaux assure enfin une visibilité nouvelle à cette expression issue de milieux qui n’ont que rarement la parole.

Aujourd’hui, plusieurs mobiles sont en circulation au Québec et deux studios permanents ont été créés. Les jeunes peuvent y réaliser des contrats communautaires et professionnels pour assurer la continuité de l’action du Wapikoni. Un élargissement de l’action dans les autres régions du Canada est amorcé en Ontario, au Saskatchewan et au Manitoba. En Amérique du Sud plusieurs initiatives menées par le Wapikoni sont en cours, que ce soit en Bolivie, au Pérou, au Chili ainsi qu’au Panama. Un partenariat semble aussi possible en Guyane ainsi qu’en Nouvelle Calédonie. Le fait que l’ONU ait remis le prix Plurial + Honorable mention Award en décembre dernier, montre l’intérêt pour l’action du Wapikoni et son inscription profonde dans le temps.

Wapikoni est le prénom de la jeune femme leader d’un groupe Atikamekw qui a trouvé la mort dans un accident de la route, en 2002. Son engagement au sein du Conseil des jeunes de Wetomaci en faisait un modèle pour les jeunes. Pour honorer sa mémoire, le projet Wapikoni mobile porte son nom.

La méthode, l’évaluation permanente et les résultats encourageants nous ont donné envie de faciliter la venue du Wapikoni mobile en Guyane. En effet, les possibilités actuelles de communication des peuples amérindiens, mais aussi des marrons(3) de Guyane ne sont pas suffisantes. Il faut donner aux différents groupes des outils pour leur permettre d’une part de préserver leur patrimoine culturel, mais aussi de le faire connaître en France et dans le monde entier. Ce genre d’action devient un complément indispensable à la lutte que mène la Ligue des droits de l’Homme sur tout le territoire, et plus précisément sur l’Outre-mer. Un des moyens de connaître les problèmes, de mieux les appréhender est certainement de donner la parole à ceux qui sont directement concernés. C’est la démarche suivie par le Wapikoni mobile depuis toujours : en allant au devant des groupes délaissés, en leur donnant des moyens sophistiqués pour s’exprimer, en les soutenant dans leurs démarches, en développant un maillage au sein de toutes les premières nations en collaboration avec des associations de plusieurs pays des différentes Amériques.

La Guyane, département français depuis 1946, le plus grand département français, n’a pas fait le nécessaire pour que les peuples amérindiens des différents groupes ainsi que les Bushinengés soient pris en compte dans le débat démocratique. Cette prise de conscience récente doit s’accélérer et le Wapikoni mobile peut être un vecteur allant dans ce sens. Au niveau du groupe de travail « Outre-mer » de la LDH, et grâce au travail de la section de Cayenne, nous vous tiendrons informés de l’avancée des travaux. Nous apportons notre soutien à cette aventure et espérons que les autorités régionales vont en voir tout l’intérêt dans un but d’amélioration des relations entre les différents peuples composant la population guyanaise.




Le mobile du Wapikoni installé à Lac Simon, au mois de juin 2013

(1) Directrice générale de Wapikoni mobile.

(2) Responsable des unités mobiles.

(3) Les marrons, appelés aussi Bushinengés, sont des anciens esclaves venus du Surinam et qui se sont affranchis. Ils vivent entre les deux pays et sont l’objet de discriminations de part et d’autre.

Article source: http://www.ldh-france.org/Le-Wapikoni-mobile-en-Guyane.html

Communiqués de la LDH

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