La LDH soutient le film Être là, de Régis Sauder

En 2011, Régis Sauder nous avait offert un document superbe et réjouissant, Nous, Princesses de Clèves, qui montrait l’accès à la culture dans un lycée des quartiers Nord de Marseille. Avec Être là, si l’on est toujours à Marseille, le changement est brutal.



Etre là, se déroule dans le Service médico-psychologique régional (SMPR) de la prison des Baumettes. Le réalisateur observe le travail des psychiatres, infirmières ou ergothérapeutes, essentiellement des femmes, qui reçoivent des détenus devenus patients le temps du soin. Elles sont là pour aider des hommes en souffrance, fussent-ils incarcérés, elles ne renoncent pas à maintenir le lien social, aussi ténu soit-il, dans ces lieux aux frontières de notre République.

On entend des détenus, placés au SMPR en raison de leurs troubles psychiatriques, qui expriment leur souffrance, leur violence ou leur fantaisie, tandis que la caméra scrute le visage des soignantes à l’écoute des détenus qui, ayant commis des infractions aussi graves soient-elles, n’en demeurent pas moins des patients.

Être là rend hommage à cette volonté farouche de privilégier le soin et la confiance indispensable à la relation soignants-soignés, mise à mal par les démarches d’évaluation et de prédiction des comportements préconisées par l’ancien gouvernement dans le cadre des mesures anti-récidives.

Être là nous confronte à la présence de certains malades qui, de toute évidence, ne devraient pas « être là », mais le film fait aussi part aux doutes des soignantes (qui ont pourtant choisi d’exercer en prison) : « être là », rester, n’est-ce pas cautionner le fait que l’on peut incarcérer des personnes souffrant de troubles psychiatriques ? Elles disent aussi la douleur, la fatigue physique et psychique que leur infligent les misères et les drames de la prison.

La violence inhérente à la prison est surtout traduite par les sons : une musique « agressive », les bruits des lourdes portes qui claquent, les cris des détenus, mais le parti pris d’utiliser le noir et blanc donne une véritable beauté aux images et surtout aux visages des soignantes. On ne voit jamais les patients mais tous ont accepté que les entretiens soient filmés, et leur dignité est toujours respectée.

Comme le dit Régis Sauder, « … ce n’est pas un film sur la folie, mais un film sur la dignité de l’homme souffrant et sur celui ou celle qui lui tend la main et l’accompagne. C’est un film sur l’entraide. Il n’y a pas de portraits de fous. Il y a des paroles d’hommes souffrants qui sont plus ou moins en lien et qui ont leur place. »

Ce documentaire est extrêmement « utile » non seulement parce qu’il montre ce volet de la psychiatrie en prison rarement vu, mais aussi parce qu’il nous fait ressentir, comme rarement au cinéma, la question de la dignité de la condition humaine.

Sortie le 7 novembre

Être là

Film documentaire, France, 2012

Réalisateur : Régis Sauder

Producteur : Thomas Ordonneau

Distribution : Shellac

Durée : 94 minutes

Noir et blanc

Article source: http://www.ldh-france.org/La-LDH-soutient-le-film-Etre-la-de.html

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