Expulsion violente et scandaleuse dimanche 3 juillet d’un jeune Guinéen présent en France depuis 5 ans

Communiqué commun dont la LDH est signataire

Maurice, jeune guinéen de 20 ans, en France depuis 5 ans, emprisonné depuis deux mois au centre de rétention administrative de Vincennes, a été expulsé le 3 juillet. Amené à Roissy, Il y a été frappé, ligoté, porté comme un paquet dans l’avion en direction de Conakry. Il s’est  débattu, a crié, des passagers s’en sont indignés et ont refusé de voyager dans de telles conditions. Départ de l’avion retardé. Les policiers interviennent, menacent d’interpeler les passagers protestataires. Ils finissent par obtenir un calme relatif en prétendant que Maurice est un terroriste. 17h05 l’avion décolle avec presque deux heures de retard.

Maurice est arrivé en France à l’âge de 15 ans. D’abord pris en charge comme mineur à Epinal, sa minorité a ensuite été contestée… comme c’est le cas pour des centaines de mineurs étrangers dans de nombreux départements, dont la politique d’accueil se fonde sur la suspicion systématique de la minorité rejetant à la rue des enfants, des enfants dont ils font des SDF.

Maurice ne s’est pas laissé abattre. Aidé par des associations, parfois hébergé par des habitants, il est devenu apprenti en restauration : cours au CFA de Laon et travail en alternance dans les restaurants de son patron. Très content de son travail, ce patron voulait l’embaucher en CDI.

Maurice est dans un de ces restaurants à Amiens en juillet 2021 au moment où le préfet de l’Aisne décide de lui délivrer une obligation de quitter le territoire en réponse à sa demande de régularisation. Maurice n’a pas reçu le courrier et il laisse passer le délai du recours. Placé en mai dernier en rétention au CRA de Vincennes suite à un contrôle d’identité, Maurice est expulsé au bout de deux mois de rétention.  

Cette expulsion et les conditions dans lesquelles elle s’est déroulée sont proprement scandaleuses. Elle n’est pas la seule et ne sera la dernière. Ce gouvernement affiche son intention d’accroître les expulsions et n’aura aucun mal pour trouver à sa droite extrême de quoi faire voter des lois encore plus dures. Il doit entendre aussi qu’une large part de la société s’en indigne et saura exprimer refus et solidarité.

Maurice doit revenir, ses amis, ses proches, son patron aussi, l’attendent.

Paris, le 6 juillet 2022

Communiqués de la LDH

24 juin 2022 : Les frontières valent plus que les vies

Communiqué commun dont la LDH est signataire

Le 24 juin 2022, au moins 37 personnes ont perdu la vie aux portes de l’Europe. Alors qu’elles tentaient de franchir les barrières de l’enclave espagnole de Melilla au Nord du Maroc, les garde-frontières espagnols et marocains ont fait un usage totalement disproportionné de la force. [Dans la panique, certaines sont tombées, d’autres sont mortes étouffées écrasées. Réprimées, certaines sont tombées, ont été nassées ou écrasées par les barrières de sécurité marocaines. Environ 200 ont été blessées et abandonnées à leur sort, voire refoulées vers d’autres régions du Maroc, ce qui peut encore alourdir le bilan.

Cet évènement s’inscrit dans la lignée de méthodes répressives et violentes d’externalisation et de contrôle des frontières, de plus en plus affichées et assumées : refoulements illégaux de migrant.e.s, laisser-mourir en mer, accusations de tirs à balles réelles. Depuis plusieurs mois déjà, la répression des personnes migrantes au Maroc a pris une ampleur inédite, résultat direct des développements diplomatiques entre le Maroc et l’Espagne et l’Union européenne. Les images et vidéos réalisées sur place et partagées par l’Association Marocaine des droits humains – Section Nador révèlent de façon brutale les exactions des autorités espagnoles et marocaines, sous le silence complice de l’Union européenne. (Toutes ces pratiques contraires au droit international participent à la criminalisation de ces personnes, qui, comme tout autre être humain, aimeraient pouvoir se déplacer et s’installer librement). Le drame de Melilla illustre, une fois encore, l’aberration et l’indignité des décisions prises par nos dirigeants en matière de migration. Ne nous habituons jamais à ces tragédies, car elles sont la conséquence de politiques meurtrières volontairement choisies, qu’il ne faut cesser de combattre.

Quand va-t-on amorcer un changement radical et systémique dans notre façon de percevoir et d’accueillir la migration ? Face à l’aggravation des inégalités mondiales, la crise climatique, les désordres sécuritaires et alimentaires, les représentants politiques ne peuvent ignorer que la migration est et continuera d’être une des réponses des populations lorsque les Etats sont trop faibles pour permettre aux personnes de vivre dignement, ou lorsque ces personnes souhaitent simplement vivre autrement. Des voies légales d’immigration doivent être généralisées et une autre gouvernance des migrations internationales promue afin de respecter la dignité humaine et les droits fondamentaux de chaque être humain.

Nous condamnons vivement les évènements de Melilla, conséquence inévitable des politiques migratoires sécuritaires et du sentiment d’impunité qui en découle, et espérons qu’une enquête pourra être menée afin d’identifier les responsabilités et de garantir l’accès à la vérité, la justice et à une information indépendante.

Paris, le 6 juillet 2022

Signataires : Emmaüs International ; Crid ; Initiative pour un Autre Monde – IPAM ; LDH (Ligue des droits de l’Homme) ; Attac ; Utopia 56

Communiqués de la LDH

Déclaration commune – La Commission européenne doit garantir un rôle significatif à la société civile dans le projet “Reconstruire l’Ukraine”

Rapport de plusieurs organisations dont la LDH

En mai, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé la création de “RebuildUkraine”, une plateforme pour la reconstruction de l’Ukraine. En tant que société civile, nous saluons la création de “RebuildUkraine”. Cependant, nous sommes préoccupés par le fait qu’il n’est pas fait mention d’un rôle pour la société civile ukrainienne et européenne. 134 organisations de la société civile appellent la Commission européenne à garantir un rôle et des fonctions clairs au sein de la gouvernance de RebuildUkraine, y compris une consultation significative et un statut d’observateur officiel dans toutes les délibérations, pour les organisations de la société civile, les réseaux et les syndicats européens, ainsi que pour la société civile et les municipalités ukrainiennes.

Télécharger le rapport en anglais

Communiqués de la LDH

Maintenant, il faut rapatrier l’ensemble des enfants !

Communiqué LDH

La LDH (Ligue des droits de l’Homme) prend acte avec satisfaction de l’annonce faite par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères du rapatriement de 35 mineurs et de 16 mères, jusqu’alors retenus dans des conditions épouvantables dans des camps du Nord-Est syrien. C’est une demande que la LDH portait depuis de nombreux mois. A ce titre, elle a participé à plusieurs initiatives dénonçant la violation caractérisée de nombreuses dispositions de la Convention internationale des droits de l’enfant (Cide) et l’impasse juridique, humanitaire et sécuritaire qui caractérisait la position de la France, de plus en plus isolée en Europe. La LDH a d’ailleurs récemment envoyé un courrier en ce sens au président de la République et a sollicité une rencontre pour évoquer avec lui l’urgence de la situation. 

En procédant à ce rapatriement, la France rompt heureusement avec une politique dite du « cas par cas » qui, de facto, a abouti à ne rapatrier que quelques orphelins. En réalité, et en dépit des demandes répétées de nombreux représentants de la société civile et de nombreuses institutions, tout rapatriement avait cessé depuis janvier 2021.

L’inflexion manifestée par l’Etat français est à mettre au crédit de toutes celles et de tous ceux qui se sont mobilisés en faveur de ces enfants. Mais tous ne sont pas rentrés en France. Plus de 160 mineurs sont toujours détenus avec leurs mères dans les camps et ils y survivent privés d’école, de soins, de nourriture, exposés à la violence physique et psychologique.

La France doit procéder maintenant au rapatriement de l’ensemble des enfants et des mères. Il en va de sa crédibilité en tant que pays attaché à la défense des droits de l’Homme et au respect de ses engagements internationaux. Il en va de la vie même de ces enfants pour lesquels un jour de détention supplémentaire est un jour de trop.

Paris, le 5 juillet 2022

Télécharger le communiqué “Maintenant, il faut rapatrier l’ensemble des enfants !” en format PDF

Communiqués de la LDH

Six raisons pour NE PAS ratifier l’accord global UE-Mexique

Rapport commun dont la LDH est signataire

Nous, soussignés, organisations de la société civile, syndicats, en défense des droits humains, de  l’environnement et du bien-être animal, adressons cette lettre aux dirigeants politiques du Mexique et  de l’Union européenne (UE) pour leur demander de ne pas ratifier l’accord de libre-échange  “modernisé” entre l’Union européenne et le Mexique (ALE UE-Mexique). Le texte de l’accord a  été négocié sans informer les citoyennes et citoyens, sans débat ni consultation publique, et a été  finalisé en avril 2020, au milieu de l’une des pires crises sanitaires, sociales et économiques du  monde, déclenchée par la pandémie de COVID19. Nous rappelons que l’ALE UE-Mexique est en  vigueur depuis vingt ans et que, loin de tenir ses promesses, il n’a fait que générer de graves impacts  sociaux, économiques et environnementaux, principalement au Mexique. L’accord “modernisé” ne fera  qu’aggraver les problèmes de l’ALE UE-Mexique pour les raisons suivantes : 

  1. L’accord ne protège que les investisseurs étrangers et met en danger les politiques  urgentes en faveur du climat, de l’environnement et des personnes 

Le nouvel accord contient un nouveau chapitre sur les investissements qui vise à consolider le recours  à l’arbitrage international en tant que mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et  États. Il est inquiétant de constater que le système de tribunaux d’investissement (SCI) proposé ne  s’attaque pas aux pires aspects du mécanisme classique de règlement des différends entre  investisseurs et États (ISDS). Cela signifie que les investisseurs de l’UE pourront poursuivre le  Mexique (et vice versa) dans un système judiciaire parallèle qui privilégie leurs intérêts privés, tandis  que les normes environnementales, sociales et d’intérêt général passent au second plan. Ces  dernières années, un grand nombre de ces procès ont été intentés par des sociétés transnationales  pour attaquer les mesures et la législation environnementales. Par exemple, en 2010-2013, la  transnationale espagnole Abengoa-COFIDES a intenté un procès au Mexique après avoir refusé de  se conformer aux réglementations environnementales, et a obtenu 48 millions de dollars de  “compensation et de manque à gagner”. Avec les récentes réformes mexicaines sur l’électricité et  l’exploitation du lithium, confirmées par la Cour suprême de justice, certaines transnationales  Européennes, dont Iberdrola, ont déjà menacé le Mexique de recourir au mécanisme ISDS. L’Europe  a également fait l’objet de plusieurs poursuites de ce type pour avoir approuvé des politiques  climatiques, comme le géant allemand de l’énergie RWE contre les Pays-Bas en raison de son projet  d’éliminer progressivement le charbon d’ici à 2030. La signature de l’ALE entre l’UE et le Mexique  entraînera une multiplication de ces procès des deux côtés de l’Atlantique, compromettant les budgets  nationaux et retardant les changements nécessaires en faveur du climat, de l’environnement et du  bien-être des personnes et des animaux. 

  1. Mexique. L’accord permettra aux entreprises européennes de continuer à violer les  droits humains au Mexique en toute impunité. 

Les entreprises européennes ont une longue histoire de violation des droits humains et de  l’environnement au Mexique avec une impunité presque totale, qui sera renforcée par l’ALE UE Mexique modernisé, car il ne prévoit pas de mécanismes de régulation efficaces. Quelques  exemples : les abus tarifaires et la violation du droit d’accès à l’électricité, dans le cadre du contrôle  monopolistique d’Iberdrola, Naturgy, Acciona Energía, Fisterra ; la violation du droit d’accès à l’eau, et  les tarifs arbitraires d’Agsal-Suez (aujourd’hui Veolia) à Coahuila, Veracruz, Mexico et Cancún. Dans  le cas des entreprises d’embouteillage d’eau, il y a la dépossession et la dévastation que  Bonafont/Danone laisse derrière elle dans la zone Choluteca, où la résistance des Peuples Unis est  criminalisée et réprimée. Le nouveau traité renforcera également l’impunité des entreprises  européennes impliquées dans la construction de méga projets ayant de graves impacts  socioenvironnementaux sur le territoire, tels que le projet intégral de Morelos (PIM), les méga parcs  éoliens, le corridor interocéanique dans l’isthme de Tehuantepec, ou le Train Maya, entre autres. Dans  ces cas, soit le droit à la consultation préalable, libre, informée et culturellement appropriée et le  consentement ou le refus ont été directement violés, soit leur mise en œuvre, qui ne respecte pas les  normes internationales, génère des divisions et des conflits majeurs entre les communautés. L’”accord  de principe” de l’ALE UE-Mexique “modernisé” ne comporte pas de clauses contraignantes reflétant 

une quelconque volonté de la part de ces entreprises de respecter les droits humains, et ne permet  pas aux personnes affectées de disposer de mécanismes efficaces d’accès à la justice, de réparation  et de non-répétition. La clause relative aux droits humains dans l’accord global UE-Mexique (contenue  dans l’ALE UE-Mexique) n’a jamais été activée, malgré les propositions faites en ce sens par des  organisations de la société civile et au sein même du Parlement européen. 

  1. L’accord ne permet pas de faire des progrès dans les droits des femmes et l’égalité des  sexes. 

Le projet modernisé d’ALE UE-Mexique renforce les modèles patriarcaux enracinés dans les sociétés  mexicaine et européenne. Le traité ne prévoit aucun mécanisme pour mettre fin aux discriminations à  l’encontre des femmes et des personnes LGBTIQ, et n’inclut pas de langage inclusif en matière de  “genre”. En ce sens, l’accord ne parle pas de la nécessité de moderniser et de remettre en question  les rôles masculins et féminins et leurs différentes tâches sociales. En outre, les quelques clauses  explicites sur les femmes qui existaient dans l’ancienne version du traité ont été supprimées, à savoir  l’article 36 mentionnant les femmes à faible revenu et l’article 37 sur le rôle des femmes dans les  processus de production. La promotion de l’égalité des chances n’est désormais mentionnée que  lorsqu’il est fait référence aux normes de travail approuvées par l’OIT, sans mécanismes pouvant être  contrôlés. Les différents chapitres du traité puniront doublement la majorité des femmes qui sont  pauvres. En tant que travailleuses, paysannes ou entrepreneurs, elles risquent d’être évincés du  marché par la concurrence inégale des entreprises européennes, notamment dans les secteurs du lait  et de la viande. D’autre part, le chapitre sur les marchés publics ou le chapitre sur la protection de la  propriété intellectuelle promeuvent un modèle économique qui nuit aux services publics tels que la  santé ou l’accès à des médicaments abordables. La précarité prévisible provoquée par la  reprimarisation du modèle économique ne fera que renforcer un modèle patriarcal qui augmentera les  victimes déjà innombrables de la violence sexiste. 

  1. L’accord mine l’agriculture paysanne et érode la souveraineté alimentaire. 

Les accords de libre-échange tels que l’ALE UE-Mexique sont directement liés au système agro industriel mondial, qui a un impact dévastateur sur le droit à l’agriculture et au commerce  indépendants, le droit à l’alimentation et à la santé, tout en étant l’une des principales causes de la  crise climatique. Dans ce contexte, se verront renforcer l’attaque contre l’agriculture paysanne par la  privatisation et l’accaparement des terres, l’expulsion des populations, le déclenchement de la  migration, tout en subventionnant les monocultures agro-exportatrices hautement dépendantes des  OGM, des agro-toxiques, de l’énergie, de l’eau et d’un travail quasi esclave, et les méga fermes qui  ont été à l’origine de pandémies telles que la grippe A/H1N1. L’ALE UE-Mexique bénéficie l’agro 

industrie mexicaine et européenne. Actuellement, les sociétés transnationales allemandes telles que  Bayer-Monsanto continuent d’importer des OGM et des agro-toxiques comme le glyphosate. Ce  faisant, elles reproduisent les atteintes à la santé qui touchent 99 % des personnes en France. D’autre  part, l’Union Européenne fait pression sur le Mexique pour qu’il signe la 91e version de l’Union  internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV). La simple acceptation de  l’ensemble du système UPOV, dans toutes ses versions, légitime la privatisation des semences et  constitue une attaque directe contre l’agriculture paysanne indépendante, c’est-à-dire contre le pilier  de la souveraineté alimentaire. Les producteurs et productrices en Europe seront également  touché/es par l’augmentation des importations en provenance du Mexique. 

  1. L’accord entrave la progression vers un système énergétique plus durable, décentralisé  et démocratique 

L’intégration d’un chapitre sur l’énergie dans l’ALE UE-Mexique vise à protéger la privatisation du  secteur, qui a été consolidée par la réforme constitutionnelle de 2013 sur l’énergie. Cette privatisation  a eu des impacts directs sur la population, comme l’augmentation des prix de l’électricité. Il a  également consolidé le modèle des grands mégaprojets (tant en PPP qu’en initiative privée) pour la  production d’électricité, entraînant la privatisation des terres communales, la répression et l’agression 

des populations touchées, les impacts environnementaux et la corruption. De nombreuses  transnationales énergétiques européennes, et en particulier espagnoles, ont un grand intérêt pour le  Mexique et sont les principaux promoteurs de ce traité. Parmi les entreprises qui investissent déjà  dans ce secteur, se trouvent Ibedrola, Naturgy et Acciona en Espagne, Enel en Italie et Engie en  France. 

  1. La sous-traitance et les services publics en danger 

L’ALE UE-Mexique “modernisé” ouvre pour la première fois les marchés publics aux entreprises  européennes au Mexique et vice versa. Cela signifie que les intérêts privés seront privilégiés par  rapport aux intérêts publics, en partant du principe que ce qui est bon pour les investisseurs est bon  pour les sociétés. Une telle hypothèse ignore l’impact des intérêts des entreprises sur la polarisation  des revenus et des richesses, la détérioration de l’environnement et la dégradation sociale, ainsi que  la marchandisation de la culture et de l’histoire. L’accord affecte également le développement des  entreprises elles-mêmes, au détriment des micros et petits producteurs et au profit du grand capital  transnational, tant européen que mexicain. Enfin, il porte atteinte aux pratiques sociales et solidaires  bi-continentales, au profit du grand capital, qui n’a pas de drapeaux. Le développement, tant européen  que mexicain, doit donner la priorité aux conditions et aspirations légitimes de leurs sociétés et non au  profit. 

En conclusion, nous rappelons que le Mexique est devenu l’un des principaux paradis industriels du  monde, c’est-à-dire l’un des laboratoires les plus avancés en matière de libre-échange et de  déréglementation. Il en résulte une dévastation économique, sociale et environnementale sans  précédent, ainsi qu’une multiplicité de “zones de sacrifice” ou d’”enfers environnementaux”, qui  continuent de faire des milliers de victimes chaque année. Il ne faut pas oublier que nombre de ces  entreprises sont aussi les principales responsables de décennies de privatisation et de pillage du  secteur public en Europe, mettant en danger des droits fondamentaux tels que le droit au logement, le  droit à l’alimentation, le droit à l’eau et le droit à l’énergie.  

Nous considérons que l’ALE UE-Mexique est le triomphe du capital transnational européen et  mexicain au détriment des conditions de vie des populations des deux côtés de l’Atlantique et de  l’environnement.  

Sur la base de ce qui précède, il est préocupant que le contexte de la guerre en Europe soit utilisé  comme excuse pour accélérer la ratification de l’accord, avec les graves implications que cela aurait  sur les populations au Mexique et en Europe. Pour que l’avenir soit viable et durable, le modèle de  politique commerciale du XXIe siècle doit donner la priorité au bien-être des communautés, des  populations et de l’environnement.  

C’est pourquoi les organisations de la société civile européenne et mexicaine disent NON à l’accord  de commerce et d’investissement UE-Mexique ! Et nous demandons à nos dirigeants politiques de  s’opposer à sa ratification.

Lire le rapport en anglais avec la liste complète des signataires

Communiqués de la LDH

Six reasons NOT to ratify the EU-Mexico Global Agreement

Rapport commun dont la LDH est signataire

4 July 2022

The undersigned civil society organisations, trade unions, human rights, animal welfare and environmental defenders, address this statement to policy makers in Mexico and the European Union (EU) to call on them not to ratify the “modernised” EU-Mexico Free Trade Agreement (EU-Mexico FTA). The text was negotiated behind the backs of citizens without debate or public consultation, and was finalised in April 2020, in the midst of one of the worst health, social and economic crises in the world, triggered by the COVID-19 pandemic. The EU-Mexico FTA has been in force for twenty years and far from fulfilling its promises, it has only generated serious social, economic and environmental harm, first and foremost for Mexico. The “modernised” agreement will only deepen those problems for the following reasons:

 

1. The agreement only protects foreign investors and jeopardises urgent changes in favour of climate, environment and people

The new agreement will have a new chapter on investment that aims to consolidate using  international arbitration as a mechanism for resolving disputes between investors and states. Worryingly, the proposed Investment Court System (ICS) does not address the worst parts of the classic investor-state dispute settlement (ISDS) mechanism. This means that EU investors will be able to sue Mexico (and vice versa) in a parallel justice system that prioritises their private interests, while environmental, social and general regulations take a back seat. In recent years, many of these lawsuits have been initiated by transnational investors to attack environmental measures and legislation. For example, in 2010-2013 the Spanish transnational Abengoa COFIDES sued Mexico after refusing to comply with environmental regulations, and obtained US$ 48 million in “compensation and lost profits”. With Mexico’s recent reforms on electricity and lithium mining, confirmed by the Supreme Court of Justice, some European transnationals, including Iberdrola, have already threatened Mexico with using the ISDS mechanism. Europe has also received several such lawsuits for approving climate policies, such as German energy giant RWE against the Netherlands over its plans to phase out coal by 2030. Signing the EU-Mexico FTA will lead to more such lawsuits on both sides of the Atlantic, compromising national budgets and delaying necessary changes in favour of climate, environment and welfare of people and animals.

 

2. The agreement will allow European corporations to continue violating human rights in Mexico with impunity

European companies have a long history of violating human and environmental rights in Mexico with almost total impunity. This will be reinforced with the modernised EU-Mexico FTA, as it still fails to provide effective regulatory mechanisms. Some examples of this situation can be found id: tariff abuses and the violation of the right of access to electricity, in the context of monopoly control by Iberdrola, Naturgy, Acciona Energía, Fisterra; or the violation of the right of access to water, and the arbitrary tariffs of Agsal-Suez (now Veolia) in Coahuila, Veracruz, Mexico City and Cancún. In the cases of the water bottling companies,  Bonafont/Danone are accountable for dispossession and devastation in the Choluteca Zone, where the resistance of the United Peoples is being criminalised and repressed. The new treaty will also deepen the impunity of European corporations involved in the construction of large-scale projects with serious socio-environmental impacts on the territory, such as the Morelos Integral Project (PIM), the mega wind farms, the Interoceanic Corridor in the Isthmus of Tehuantepec, or the Mayan Train, among others. In these cases, either the right to prior, free, informed and culturally appropriate consultation and consent or refusal has been directly violated, or the implementation, which does not adhere to international standards, is generating major divisions and conflicts between communities. The “Agreement in Principle” of the “modernised” EU-Mexico FTA does not include binding clauses that reflect any willingness on the part of these corporations to respect human rights, nor does it allow those affected to have effective mechanisms for access to justice, reparations and non-repetition. The human rights clause in the EU-Mexico Global Agreement (contained in the EU-Mexico FTA) has never been activated, despite proposals to this end by civil society organisations and in the European Parliament itself.

 

3. The agreement does not allow for progress on women’s rights and gender equality

The modernised EU-Mexico FTA reinforces patriarchal patterns entrenched in Mexican and European societies. The treaty does not provide for any mechanism to end discrimination against women and LGBTIQ people, nor does it include inclusive “gender” language. In this sense, the agreement does not talk about the need to modernise and question male and female roles and their different social tasks. Furthermore, the few explicit clauses on women that existed in the old version of the treaty have been removed, namely Art. 36 mentioning low-income women and Art. 37 on the role of women in productive processes. The promotion of equal opportunities is now only mentioned when referring to ILO-approved labour standards, without mechanisms that can be monitored. The different chapters of the treaty will punish twice the majority of women who are poor. As workers, farmers or entrepreneurs, they risk being pushed out of the market by unequal competition from European corporations, especially in the dairy and meat industries. On the other hand, the extended public procurement chapter or the intellectual property protection chapter promotes an economic model that undermines public services such as health or access to affordable medicines. The predictable precariousness caused by the reprimarisation of the economic model will only reinforce a patriarchal model that will increase the already countless victims of gender-based violence.

 

4. The agreement attacks peasant agriculture and erodes food sovereignty

Free trade agreements such as the EU-Mexico FTA are directly linked to the global agro-industrial system, which has a devastating impact on the right to independent agriculture and trade, the right to food and health, while being one of the main causes of the climate crisis. In this context, the results are: an attack on peasant agriculture by privatising and land grabbing, expelling people, and triggering migration; subsidising the model of export monoculture exploiting slave labour, dependent on GMOs, agrochemicals, energy and water; or large-scale farms which have been at the origin of pandemics such as the A/H1N1 flu. Mexican and European agribusiness corporations will benefit from this model boosted by the EU-Mexico FTA. Currently, the German transnational corporations as Bayer-Monsanto continue to import GMOs and agrochemicals, headed by glyphosate. In doing so, they are reproducing the damage to health that affects 99% of French people. On the other hand, the European Union is pressuring Mexico to sign the 91 version of the International Union for the Protection of New Varieties of Plants (UPOV). The mere acceptance of the entire UPOV system, in any of its versions, legitimises the privatisation of seeds and is a direct attack on independent peasant agriculture, i.e. on the pillar of food sovereignty. Farmers in Europe will also be affected by the increase in imports from Mexico.

 

5. The agreement impedes progress towards a more sustainable, decentralised and democratic energy system

The incorporation of a chapter on energy in the EU-Mexico FTA seeks to shield the privatisation of the sector, which was consolidated with the 2013 constitutional energy reform. This privatisation has had direct impacts on the population, such as higher electricity prices.  It has also consolidated the model of large-scale projects (both PPPs and private initiatives) for electricity generation, leading to the privatisation of communal lands, repression and aggression against affected populations, environmental impacts and corruption. Many European, and in particular Spanish, energy transnational corporations have interests in Mexico and are the main promoters of this treaty. Some of those include Ibedrola, Naturgy and Acciona (Spain), Enel (Italy) and Engie (France).

 

6. Procurement procurement and public services at risk

The “modernised” EU-Mexico FTA opens up public procurement for the first time to European corporations in Mexico and vice versa. This means that private interests will be put ahead of public interests, based on the assumption that what is good for investors is good for society. Such an assumption ignores the impacts of corporate interests on the polarisation of income and wealth, environmental deterioration and social degradation, and the commodification of culture and history. It also affects business development itself, to the detriment of micro and small producers and to the benefit of large transnational capital, both European and Mexican. Finally, it damages bi-continental social and solidarity practices, to the benefit of big capital, which has no flags. Development, both European and Mexican, must prioritise the legitimate conditions and aspirations of societies and not profit.

In conclusion, Mexico has become one of the world’s leading industrial paradises, that is, one of the most advanced laboratories for free trade and deregulation. The result has been unprecedented economic, social and environmental devastation, and a multiplicity of “sacrifice zones” or “environmental hells”, which continue to claim thousands of lives every year.  It should not be forgotten that many of these companies are also the main responsible for decades of privatisation and plunder of the public sector in Europe, jeopardising fundamental rights such as the right to housing, the right to food, the right to water and the right to energy.  

The EU-Mexico FTA is the triumph of European and Mexican transnational capital at the expense of the living conditions of the populations and environment on both sides of the Atlantic.

Based on the above, we are concerned that the context of the war in Europe is being used as an excuse to accelerate the ratification of the agreement, with the serious implications that this would have on the Mexican and European populations. For the future to be viable and sustainable, the trade policy model of the 21st century must put the well-being of communities, peoples and environmental first.

Therefore, European, Mexican, regional and international civil society organisations say NO to the EU-Mexico trade and investment agreement! And we demand our political leaders to oppose its ratification.

 

Endorsements:

  1. Aitec, France
  2. Alianza Sierra Madre A.C., Mexico
  3. Alofa Tuvalu, France
  4. alterNativa intercanvi amb pobles indígenes, Spain
  5. Aluna Minga e.V. , Germany
  6. Amis de la Terre, France
  7. Anders Handeln, Austria
  8. Asamblea de Defensores del Territorio Maya Múuch’ Xíinbal, Mexico
  9. Asamblea de Pueblos Indígenas del Istmo en defensa de la tierra y el territorio, Mexico
  10. Asociación por la Paz y los Derechos Humanos Taula per Mèxic, Spain
  11. Assemblea de Solidaritat amb Mèxic, Spain
  12. Associació Internacional de Solidaritat i Cooperació (SUDS), Spain
  13. Association of Ethical Shareholders, Germany
  14. Attac Austria, Austria
  15. Attac España, Spain
  16. Attac France, France
  17. Ayotzinapa por los derechos humanos en Mexico, Sweden
  18. Bizilur, Euskal Herria
  19. Both ENDS, The Netherlands
  20. Business Human Rights Resource Centre, International  
  21. CADTM France, France
  22. Caminando por la justicia Atitalaquia , Mexico
  23. Campanya Catalunya No als TCI, Spain
  24. Cátedra Jorge Alonso, Mexico
  25. CCFD-Terre Solidaire, France
  26. Centro de derechos humanos de los pueblos del Sur de Veracruz Bety Cariño A.C., Mexico
  27. Centro de Estudios para el Cambio en el Campo Mexicano, Mexico
  28. Centro de Promoción y Educación Profesional “Vasco de Quiroga”, Mexico
  29. Centro Fray Julian Garcés Derechos Humanos y Desarrollo Local A.C., Mexico
  30. CETRI – Centre tricontinental, Belgium
  31. CICrA Justicia Ambiental, Spain
  32. CNCD-11.11.11, Belgium
  33. Coalicion de Extrabajadaoras y Trabajadoras de la Industria Electrónica Nacional (CETIEN), Mexico
  34. Colectivo Azul, Mexico
  35. Colectivo Comunitario de mejoramiento barrial de la Ciudad de México, Mexico
  36. Colectivo Raíz de Aguascalientes AC, Mexico
  37. Colectivo Xa’aybej, Mexico
  38. Collectif Alerte France Brésil / MD18 , France
  39. Collectif Stop CETA-Mercosur, France
  40. Comité de Derechos Humanos de la Sierra Norte de Veracruz, Mexico
  41. Comite de solidaridad con los Pueblos Indigenas de las Americas (CSIA-Nitassinan), France
  42. Committee for the Abolition of Illegitimate Debt (CADTM), International  
  43. Comunar AC, Mexico
  44. Confederation Paysanne, France
  45. Consejo Mexicano de Bienestar Social A.C., Mexico
  46. Consultoría Técnica Comunitaria,  A. C., Mexico
  47. Convocados por Lúdica, Argentina
  48. CooperAccio, Spain
  49. Coordinadora Socialista Revolucionaria (CSR), Mexico
  50. CRID, France
  51. Debt Observatory in Globalisation (ODG), Spain
  52. DECA Equipo Pueblo AC , Mexico
  53. Desmi, Mexico
  54. Ecologistas en Acción, Spain
  55. Ekologistak Martxan Euskal Herria, Euskal Herria
  56. Enginyeria sense Fronteres, Spain
  57. Enlace,  Comunicación y Capacitación A.C., Mexico
  58. Entrepueblos-Entrepobles-Entrepobos-Herriarte, Spain
  59. Espacio Estatal en Defensa del Maíz Nativo de Oaxaca, Mexico
  60. ETC Group, International  
  61. ETCO, Mexico
  62. Europe solidaire sans frontières (ESSF), France
  63. European Coordination Via Campesina (ECVC), Europe
  64. Fairwatch, Italy
  65. FDCL – Forschungs- und Dokumentationszentrum Chile-Lateinamerika e.V., Germany
  66. Feria del Dulce, Mexico
  67. Fondation Danielle Mitterrand, France
  68. France Amérique Latine (FAL), France
  69. France Nature Environnement, France
  70. FSU, France
  71. Fundacion Para el Desarrollo Integral Apaxco , Mexico
  72. Gender Alliance for Development Centre, Albania
  73. Gender and Development in Practice (GADIP), Sweden
  74. Générations Futures, France
  75. GRAIN, International  
  76. Grupo de Agricultura Orgánica de La Ciénega, Mexico
  77. Grupo de Estudios Ambientales (GEA), Mexico
  78. Ila e.V.,  Bonn, Germany
  79. IM Swedish development partner, Sweden
  80. Iniciativas para el Desarrollo de la Mujer Oaxaqueña (IDEMO), Mexico
  81. Initiative Mexiko, Germany
  82. Lafede.cat – Organitzacions per a la Justícia Global, Spain
  83. Les Amis du Monde Diplomatique, France
  84. Ligue des droits de l’Homme – LDH, France
  85. Lurgatz Talde Feminista, Euskal Herria
  86. Novact – Instituto Internacional para la Acción Noviolenta, Spain
  87. Observatori DESC, Spain
  88. Observatorio de Multinacionales en América Latina (OMAL), Spain
  89. Oficina Ecuménica por la Paz y la Justicia e.V., Germany
  90. Organización Familia Pasta de Conchos, Mexico
  91. Otros Mundos AC/Chiapas, Mexico
  92. Partner Suedmexikos e.V., Germany
  93. Peace Brigades International, Mexico
  94. Permacultura ATTA, Spain
  95. Plataforma América Latina mejor sin TLC, Regional
  96. PowerShift , Germany
  97. Proceso de articulación de la Sierra de Santa Marta , Mexico
  98. Procesos Integrales para la Autogestión de los Pueblos, Mexico
  99. Promotora por la Suspensión del Pago de la Deuda Pública (CADTM member), Mexico
  100.  Proyecto sobre Organización,  Desarrollo,  Educación e Investigación (PODER), Mexico
  101.  R3D: Red en Defensa de los Derechos Digitales, Mexico
  102.  REAS Euskadi, Spain
  103.  Red en Defensa del Maíz, Mexico
  104.  Red europea de Comités Oscar Romero (SICSAL-Europa), Belgium
  105.  Red Mayense de Guardianas y Guardianes de Semillas, Mexico
  106.  Reds – Red de solidaridad para la transformación social, Spain
  107.  Seattle to Brussels Network (S2B), Europe
  108.  SETEM Catalunya, Spain
  109.  Solidarios de la Voz del Amate, Mexico
  110.  STEILAS Sindikatua, Euskal Herria
  111.  The Oakland Institute, United States
  112.  Tierra y Libertad para Arauco – Wallmapu, France
  113.  Transnational Institute (TNI), The Netherlands
  114.  Un Salto de Vida, Mexico
  115.  Unión de Comunidades Indígenas de la Zona Norte del Istmo de Tehuantepec , Mexico
  116.  Unión de Organizaciones de la Sierra Juárez Oaxaca,  S. C., Mexico
  117.  Uno de Siete Migrando AC, Mexico
  118.  UYOOL CHE AC, Mexico
  119.  Védegylet Egyesület / Protect the Future  Association, Hungary
  120.  Women In Development Europe+ (WIDE+), Belgium
  121.  ZEB Württemberg Lutheran Church/Stuttgart, Germany
Communiqués de la LDH

Un acharnement politique inadmissible contre les réfugiés italiens

Communiqué LDH

Alors que la France, depuis les années 80, avait accordé l’asile à ces dix réfugiés italiens – sous les conditions remplies de sortir de la clandestinité, d’abandonner la lutte armée et de s’insérer pacifiquement dans la société française – le Président Emmanuel Macron décidait, en 2021, de renier la parole de la France résultant de la doctrine Mitterrand, maintenue durant quatre décennies, et de donner suite aux demandes d’extradition de l’Italie.

La LDH (Ligue des droits de l’Homme) a salué les décisions, prononcées le 29 juin 2022 par la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris, refusant ces extraditions sur la base du respect des principes fondamentaux du droit énoncés par la Convention européenne des droits de l’Homme.

Néanmoins, le parquet général vient de se pourvoir devant la Cour de cassation pour contester le refus d’extradition de ces dix Italiens. Cette décision traduit un acharnement judiciaire inadmissible à l’encontre de personnes totalement intégrées dans la société française depuis quatre décennies. Il s’agit au surplus d’une procédure rarement utilisée, motivée par des considérations purement politiques.

La LDH dénonce cette immixtion scandaleuse du politique dans la justice française en espérant voir échouer cette ultime tentative de remise en cause des décisions justes et courageuses prises par la chambre de l’instruction.

Paris, le 5 juillet 2021

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Communiqués de la LDH

4 juillet 2022 – Tribune d’Henri Leclerc “La perpétuité incompressible, désespérante et inhumaine” publiée dans Libération

Tribune d’Henri Leclerc, avocat honoraire et président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme

Lire la tribune sur Libération

Cette peine vient d’être prononcée pour Salah Abdeslam dans le procès du 13 novembre. L’avocat voit dans cette sanction la volonté d’infliger une décision spectaculaire qui apaise l’émotion publique par sa cruauté et devient ainsi un substitut non sanglant à la peine de mort.

En 1977, après le procès de Patrick Henry qui contre toute attente n’avait pas été condamné à mort et avant les échéances électorales de 1978 puis de 1981, un débat fut organisé par l’institut de criminologie de Paris. Constatant l’état de l’opinion publique qui depuis deux siècles s’opposait à l’abolition, le grand avocat marseillais Paul Lombard proposait qu’une peine de remplacement soit créée. C’était une solution alternative de substitution, qui est à peu de choses près la peine de perpétuité incompressible qui vient d’être infligée à Salah Abdeslam dans le procès des attentats criminels du 13 novembre 2015. Le débat avait été rude au colloque, certains estimant que l’abolition de la peine de mort devait être totale et sans conditions.

En septembre 1981, le débat sur l’abolition, tant à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, porta aussi sur le vote d’une peine de remplacement et les députés et sénateurs favorables au maintien du châtiment suprême se retrouvèrent sur cette proposition. Robert Badinter tint ferme la barre, refusant qu’on remplace «une torture par une autre torture». L’abolition fut donc pure et simple et définitive comme il le demandait. Mais de façon récurrente, ce problème fut à nouveau évoqué dans les débats politiques et judiciaires.

Chaque fois qu’un crime était commis par un récidiviste qui n’avait pas accompli l’intégralité de la peine prononcée, la question de la période de sûreté, au cours de laquelle aucune mesure d’aménagement de peine n’est possible, revenait. Le principe des peines de sûreté pendant une période de détention était apparu en 1978 au moment de l’inflation sécuritaire considérable de la fin de la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.

Une fin de la période de sûreté au bout de plus de trente ans

C’est comme toujours à l’occasion d’un fait divers particulièrement atroce ayant révolté l’opinion publique qu’une réforme législative va intervenir en 1994 créant une peine de sûreté jusqu’à la fin de la peine perpétuelle en cas d’assassinat de mineur accompagné de viol : la perpétuité incompressible. Puis une autre loi fut votée en 2011 à la suite de crimes visant des forces de police, pour la rendre applicable en cas d’assassinats de policiers ou de personnes chargées de l’autorité publique à l’occasion de leurs fonctions. Enfin en 2016, après les attentats de 2015, la disposition fut étendue aux assassinats terroristes. En raison de la non-rétroactivité des lois pénales, seule la loi de 2011 pour les crimes commis contre les forces de l’ordre pouvait être invoquée contre Salah Abdeslam en raison des actes commis au Bataclan contre les policiers. C’est donc sur ce fondement que l’accusé a été déclaré coupable de complicité de l’ensemble des crimes commis ce soir-là, bien qu’il n’ait pas été personnellement et directement présent.

Il ne s’agit ici ni de s’interroger sur les conditions de déroulement de cet immense procès qui semble en tout cas avoir été accueilli par les victimes et même les accusés avec une sorte de sentiment d’apaisement, mais simplement de s’interroger à cette occasion sur la présence dans notre code pénal de cette peine de perpétuité incompressible. A deux reprises, le Conseil constitutionnel a validé ces dispositions, et la Cour européenne des droits de l’hommes les a acceptées en 2010, compte tenu du dispositif qui permet d’envisager une fin de la période de sûreté au bout de plus de trente ans d’enfermement réellement effectués. Le tribunal de l’application des peines peut en effet mettre fin à la période de sûreté non sans avoir au préalable sollicité l’avis de trois experts médicaux inscrits à la Cour de cassation pour examiner «l’état de dangerosité» du condamné.

Une peine désespérante et inhumaine

Est-il possible sur un tel sujet d’envisager un débat juridique et politique ? Les crimes pour lesquels cette peine particulière est encourue sont atroces et sans doute plus encore que tous les autres, les massacres du 13 novembre 2015. La justice doit passer : ce ne sont pas seulement aux victimes auxquelles il importe de rendre justice mais aussi l’ensemble de la nation. L’article 8 de la Déclaration des droits de l’homme exige que les peines soient «strictement et évidemment nécessaires». Il a fallu batailler deux siècles pour qu’enfin la peine de mort soit abolie. Tous ceux qui combattaient pour son maintien n’ont jamais cessé de proclamer son évidente nécessité. Il n’y a eu pourtant après l’abolition aucun accroissement de crimes susceptible de la faire encourir. Comme le demandait Robert Badinter à l’Assemblée nationale, nous avons «tourné les pages sanglantes de notre justice». Et pourtant subsiste cette peine désespérante et inhumaine, la perpétuité incompressible.

La peine n’a pas pour fondement ni dans ses principes ni dans la loi le critère de dangerosité qui semble inspirer ces dispositions, comme le montre l’exigence d’expertise pour mettre fin à l’enfermement du condamné. Ne s’agit-il pas plutôt d’infliger une sanction spectaculaire qui apaise l’émotion publique par sa cruauté et devient ainsi un substitut non sanglant à la peine de mort ? Emile Durkheim faisait une observation pertinente au sujet de la cruauté des peines : «On dit que nous ne faisons pas souffrir les coupables pour les faire souffrir. Il n’en est pas moins vrai que nous trouvons juste qu’ils souffrent.» Les grands juristes de l’ancien régime considéraient la torture comme indispensable pour prévenir le crime. On lui substitua la peine de mort égalitaire par la guillotine qui parut à son tour une nécessité évidente avant qu’on l’abolisse à son tour. Faut-il aujourd’hui renoncer à tout espoir d’évolution d’un être humain ? Faut-il le retrancher jusqu’à sa mort de toute vie sociale ? Même si nous n’avons aucune illusion sur l’état de l’opinion publique sur un tel sujet, comme nous n’en avions pas lorsqu’il fut néanmoins décidé d’abolir la peine de mort, il convient maintenant d’y réfléchir.

Communiqués de la LDH

4 juillet 2022 – Tribune collective “Il y a urgence absolue à restaurer un service public de santé d’égale qualité partout, pour toutes et tous !” publiée sur Mediapart

Tribune collective à l’initiative de la LDH et signée par 58 organisations

Lire la tribune sur Mediapart

A la veille de l’été, malgré l’ultime alerte lancée le 7 juin par les organisations de soignantes et soignants, la situation du service public hospitalier, seul garant de l’égalité d’accès aux soins, est plus inquiétante que jamais.

La pénurie de soignantes et soignants s’accroît dans des proportions totalement inédites, faute d’anticipation des besoins et suite aux démissions de milliers de celles et ceux qui nous ont évité la catastrophe pendant les vagues successives de Covid-19.

Certes, les soignants ont tenu bon aux pires moments de la crise sanitaire. Par professionnalisme, par dévouement, et parce que se sont parfois réduites les lourdes contraintes administratives et les décisions non concertées qu’ils subissaient.

Les augmentations salariales pour l’ensemble des personnels soignants paramédicaux obtenues lors du « Ségur de la santé » sont restées modestes, en particulier pour les infirmiers et infirmières, dont la rémunération reste inférieure à la moyenne européenne. Elles ne peuvent compenser les conditions de travail vite redevenues insupportables. Partout, détresse et fatigue, sentiment d’être maltraités et volonté de ne pas être maltraitants se traduisent par des démissions ou des burn-out. Ce mal-être profond, aggravé par le Covid-19, s’enracine dans la logique de rentabilité à l’œuvre depuis des décennies.

Le résultat ? Partout, des fermetures temporaires de services s’ajoutent aux fermetures définitives décidées par les gestionnaires, qui avaient continué même pendant la pandémie ! Un service sur cinq est ainsi menacé de fermer pendant l’été : un pic de décès est à craindre, d’autant que l’été risque d’être caniculaire et qu’un rebond pandémique n’est pas exclu.

Ces fermetures menacent toutes les spécialités. Comme le Covid-19, elles occasionneront des déprogrammations, avec des répercussions sur la prise en charge des soins durables, des cancers, des maladies chroniques et du grand âge. Elles toucheront de plein fouet les services d’urgence, y compris dans des territoires sous-dotés, notamment ruraux et de périphérie, mal desservis par les transports collectifs et devenus aussi des « déserts médicaux » faute de médecins libéraux ou de centres de santé locaux. Elles contribueront à creuser encore les inégalités territoriales d’accès aux soins, qui pèsent particulièrement sur les personnes socialement les plus fragiles – dont les personnes exilées déjà traumatisées par ce qu’elles ont vécu, en particulier celles arrivant de pays en guerre – aux moyens de locomotion réduits, en accroissant les distances et donc le temps nécessaire pour accéder à des soins parfois vitaux !

Aucune leçon ne semble avoir été tirée de la crise sanitaire et des nombreuses études, dont un rapport du Conseil économique, social et environnemental (Cese), sur la dégradation du système hospitalier. La Haute autorité de santé a pourtant lancé un cri d’alarme dès le 31 mars et le directeur général de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) a récemment annoncé sa démission.

Cette hémorragie qui affecte autant les médecins que les soignants paramédicaux doit d’urgence être stoppée. Le bricolage et les expédients (appel aux retraités, aux étudiants, filtrage des urgences, multiplication des heures supplémentaires, recours à des médecins vacataires « mercenaires » surpayés) doivent cesser. Ils ont montré leurs limites, voire leurs effets pervers, puisqu’ils accroissent encore le découragement des titulaires, astreints encore plus souvent aux gardes de nuit et de week-end.

Nous, organisations de la société civile, associations, syndicats, collectifs, militants mutualistes, usagères et usagers du système de santé, lançons un appel solennel au président de la République et au gouvernement pour que soient prises immédiatement des mesures pérennes afin d’éviter une nouvelle catastrophe sanitaire qui nous toucherait toutes et tous.

Il en va de notre droit à toutes et tous de bénéficier grâce au service public d’un accès égal à des soins d’égale qualité en tout point du territoire.

Il faut au plus vite endiguer les départs, mais aussi faire revenir celles et ceux qui sont partis : ce sont les seules personnes formées immédiatement en capacité de prodiguer des soins de haut niveau. Créer les conditions de ce retour suppose de :

  • démocratiser la gouvernance à tous les échelons, en associant soignants et patients aux décisions dans tous les établissements et en donnant la priorité absolue à l’amélioration des conditions de travail de tous les personnels, pour des soins de qualité respectueux de la dignité des patients;
  • revaloriser plus substantiellement les salaires des soignants, toujours inférieurs aux moyennes européennes ;
  • respecter les droits de l’ensemble des soignants à des conditions de vie correcte en particulier en respectant leur repos hebdomadaire, droit devant être étendu aux internes, ainsi qu’à une vraie reconnaissance de leur travail, y compris pour les médecins à diplôme hors Union européenne et espace économique européen ;
  • arrêter toutes les fermetures d’établissements, de services et de lits, à rouvrir où c’est nécessaire ;
  • stopper la sous-traitance à des entreprises privées –  « l’externalisation » – des services impliquant un contact avec les patients, qui nécessitent un personnel formé et stable (restauration, entretien des chambres, imagerie, laboratoire…).

Par-delà les mesures immédiates, sauver l’hôpital public implique une réelle et vaste concertation avec tous les acteurs, qui doit déboucher sur un grand programme national prévoyant :

  • des recrutements massifs, adossés à une ambitieuse politique de formation ;
  • les financements adéquats pour faire face aux besoins et l’abandon du primat donné à la rentabilité ;
  • un poids accru aux instances locales et régionales de démocratie sanitaire pour l’analyse des besoins en santé ;
  • le retour progressif dans le service public des prestations externalisées, en valorisant le travail d’équipe au service des patients.

Nous appelons parallèlement à développer un plan d’action ambitieux sur l’ensemble des déterminants de santé en amont du soin, en portant une attention particulière à la santé environnementale et à la prévention tout particulièrement des zoonoses. Ce plan permettrait de diminuer la pression s’exerçant sur l’hôpital. Il pourrait s’inspirer notamment des recommandations de l’Avis sur les inégalités sociales de santé adopté à l’unanimité par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) en février 2022.

Premières organisations signataires : Act Up-Paris, AD-PA (Association des Directeurs au service des Personnes Agées), AFMT (malades de la thyroïde), AFVS (victimes du saturnisme), AMUF (Association des médecins urgentistes de France), APF France  Handicap, APH (Action Praticiens Hôpital), AseP (Association santé environnement Provence), APSH (protection santé des habitants de St-Omer), Attac France, Avenir Hospitalier, CFE-CGC Fédération Santé Social, CGT (Confédération Générale du Travail), CGT Fédération Santé Action Sociale, CIB (Collectif inter-blocs), CIH (Collectif inter-hôpitaux), CIU (Collectif inter urgences), Collectif BAMP (Améliorer l’Aide médicale à la procréation), Collectif stop aux cancers de nos enfants, Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’ouest, Confédération des Praticiens des Hôpitaux, Conseil national des associations familiales laïques, Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, Fibromyalgie France, FMF (Fédération des mutuelles de France), FSU (Fédération Syndicale Unitaire), Hhorages-France, Indecosa-CGT (Information et Défense des Consommateurs Salariés, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Ligue nationale contre l’obésité, Migrations Santé Alsace, OTMeds (Observatoire pour la Transparence dans les politiques du médicament), OXFAM France, Poem26, PRIARTEM Electrosensibles de France, Printemps de la Psychiatrie avec Collectif des 39 et Le Fil Conducteur (association de parents et patients pour une psychiatrie humaine), Regards Grandir sans cancer, Réseau Environnement Santé, Réseau Louis Guilloux, Santé sans ondes, Sciences citoyennes, SFCD (Syndicat des Femmes Chirurgiennes Dentistes), SMG (Syndicat de la médecine générale), SNPEH (Syndicat national des pédiatres en établissement hospitalier), SNPHARE (Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs), SNPI-CFECGC (Syndicat national des professionnels infirmiers), SNMPMI (Syndicat national des médecins de PMI), SOS MCS (malades chimico-sensibles), SPH (Syndicat des psychiatres des hôpitaux), Stop aux Cancers de nos enfants, SUD Fédération Santé Sociaux, Union syndicale Solidaires, USP (Union Syndicale de la Psychiatrie), Warrior Enguerrand– stop aux cancers pédiatriques, WECF France.

 

Communiqués de la LDH

Rassemblement pour Julian Assange

La LDH appelle au rassemblement du dimanche 3 juillet 2022, à 15 h, place de la République, à Paris

Pour la quatrième année de suite, Julian Assange passera son anniversaire dans la prison de haute sécurité de Belmarsh au Royaume-Uni, connue pour être l’équivalent britannique de Guantánamo.

Après une année en résidence surveillée puis sept dans les locaux exigus de l’ambassade d’Equateur à Londres, cela fait donc plus de onze ans de privation de liberté. La persécution du fondateur de WikiLeaks, menée par Washington, a commencé en 2010 pour des activités de journalisme. En effet, c’est pour avoir révélé des crimes de guerre en Irak et en Afghanistan, mais aussi les turpitudes de la diplomatie états-unienne, qu’un journaliste est pourchassé, torturé, calomnié.

Alors que le Royaume-Uni vient d’approuver (le 17 juin) l’extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis, où il risque jusqu’à 175 années de prison pour « espionnage », il est plus urgent que jamais de se mobiliser pour demander sa libération. Les recours s’épuisent… La France, pays avec lequel le journaliste australien a de nombreux liens, peut et doit lui accorder l’asile politique.

Le mouvement de solidarité s’amplifie mais nous sommes encore loin du compte pour que les gouvernements entendent raison. C’est pourquoi, à l’occasion des 51 ans de Julian Assange, nous appelons à un rassemblement le dimanche 3 juillet à 15 h place de la République à Paris. Des journalistes, des responsables syndicaux et associatifs, des élus prendront la parole.

Pour la liberté de la presse. Pour les droits humains. Pour les idéaux démocratiques. Pour la justice et la vérité. Julian Assange doit être libéré, protégé et indemnisé.

Paris, le 1er juillet 2022

Signataires :

 LDH (Ligue des droits de l’Homme), Acrimed ; Anticor ; Assange, l’ultime combat ; Attac France ; Au poste ; Blast, le souffle de l’info ; Le Canard réfractaire ; Convergence nationale des collectifs de défense et développement des services publics ;  Fédération internationale des journalistes (FIJ) ; Le Grand Soir ; Robin des lois ; Syndicat national des journalistes (SNJ) ; Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT)

Communiqués de la LDH