La LDH soutient le film « 8, avenue Lénine », de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

Sortie en automne 2018

Dans une France qui continue de penser majoritairement que les Roms ne sont pas « intégrables » ou ne veulent pas l’être, 8, avenue Lénine, témoigne d’une histoire exemplaire, celle d’une intégration réussie. Le film fait suite à Caravane 55 des deux mêmes réalisatrices, Valérie Mitteaux et Anna Pitoun. Au début des années 2000, à l’occasion du tournage d’un film sur la scolarisation des enfants roms, elles avaient rencontré à Achères (78) une jeune femme roumaine, Salcuta Filan, et ses deux enfants. Celle-ci les avait impressionnées par sa détermination à envoyer ses enfants chaque jour à l’école, elles avaient senti chez elle une ténacité peu commune. Le film avait été interrompu en 2003 par l’expulsion des Roms d’Achères à la demande de la préfecture. On y voyait notamment la mobilisation d’un collectif d’habitants de la ville autour du maire communiste contre cette expulsion et pour continuer à soutenir les familles dont les enfants étaient scolarisés. Relogée par la ville dans une nouvelle caravane, Salcuta n’obtint sa régularisation qu’en août 2005. Les enfants ont poursuivi leurs études et Denisa, qui avait 10 ans en 2003, s’est mariée en 2011. Aujourd’hui, elle et son frère, Gabi, ont des enfants et Salcuta a un travail et une véritable adresse : 8, avenue Lénine.

Au fil des années, les réalisatrices ont tissé avec Salcuta une relation de complicité. Elles ont été présentes avec leur caméra lors des moments importants de la vie de la famille. En 2015, elles décident de produire un film retraçant ces quinze années de lutte à l’aide de flashbacks, d’allers et retours entre le passé et le présent. La personnalité de Salcuta domine le film. On suit son évolution, on la voit s’exprimer de mieux en mieux en français, s’intégrer à son milieu de travail, réussir, en tant que femme seule, à échapper au sexisme de la culture rom, gagner une conscience politique.

La discrimination vécue par les Roms en France est l’objet d’études sociologiques[1], mais, grâce à son exceptionnelle durée de tournage – 15 ans –, ce film nous fait appréhender plus concrètement qu’une simple enquête de terrain la longueur et la difficulté d’un processus d’intégration, qui n’est pas seulement une affaire administrative et où solidarité et mobilisation citoyenne jouent un rôle essentiel.

Mais la conclusion du film n’est pas aussi optimiste qu’on pourrait s’y attendre.

 

Thématiques du film : racisme et antisémitisme, Roms, gens du voyage.

Durée : 101 minutes

Réalisation : Valérie Mitteaux et Anna Pitoun, 2017

Production/diffusion : Point du Jour, Caravane Films

Distribution : Point du Jour international

 

 

[1] Eric Fassin, sociologue, a été conseiller éditorial sur le film. Il est co-auteur avec Carine Fouteau, Aurélie Windels et Serge Guichard de Roms riverains, une politique municipale de la race, Ed. La Fabrique, 2014

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